
Il arrive que l’on aime profondément lire, sans pour autant en avoir envie. Les livres sont là, à portée de main, les étagères pleines de promesses, et pourtant rien ne se déclenche vraiment. On repousse le moment, on remet à plus tard, on referme un roman commencé sans parvenir à y revenir. Cette situation, beaucoup de lecteurs la connaissent mais peu osent réellement la nommer.
Comme si l’envie de lire devait être constante, infaillible, presque automatique. Lorsqu’elle s’étiole, même temporairement, une forme de doute s’installe : ai-je changé? Ai-je perdu quelque chose? Pourtant, ces périodes où l’envie de lire disparaît parfois disent bien plus sur notre rapport aux livres que sur un quelconque désamour de la lecture.

Quand la lecture cesse d’être un refuge automatique
On aime souvent présenter la lecture comme un refuge inconditionnel, un espace stable dans lequel on pourrait toujours se retrouver. Mais la lecture dépend étroitement de notre disponibilité intérieure. Lire demande une présence, une attention, une lenteur que l’on a pas toujours, même lorsque l’on aime profondément les livres.
Certaines périodes de vie laissent peu de place à cette attention prolongée. La fatigue mentale, la charge émotionnelle ou simplement l’accumulation du quotidien peuvent rendre l’entrée dans une histoire plus difficile. Ce n’est pas un rejet, mais un décalage. La lecture n’est alors plus un reflexe naturel, elle devient un effort et cet effort peut suffire à nous en éloigner momentanément.

La pression silencieuse du « bon lecteur »
À cette difficulté s’ajoute souvent une culpabilité diffuse. Celle de ne pas lire assez, de ne pas avancer dans ses livres ou d’en abandonner un en cours de route. Comme s’il existait une manière légitime d’être lecteur, un rythme à respecter, une constance à maintenir.
Il m’est arrivé de terminer des livres sans réel plaisir, uniquement pour ne pas rester sur l’impression d’un abandon. Avec le recul, je me rends compte que ces lectures m’ont laissée plus fatiguée que nourrie. Lire par obligation transforme profondément le rapport au texte. Ce qui était censé apaiser devient un tâche supplémentaire et la lecture perd alors une partie de son sens.

Modifier son rapport à la lecture
Avec le temps, on comprend que lire moins ne signifie pas forcément lire moins bien. Certaines périodes appellent un autre rapport aux livres : plus lent, plus sélectif, parfois plus silencieux.
Il peut s’agir de relire un roman déjà connu, de lire par fragments, de s’autoriser des pauses plus longues entre deux ouvrages ou même de ne pas lire du tout pendant un temps. J’ai aussi connu des périodes où relire un livre déjà aimé me semblait plus juste que de me lancer dans une nouvelle histoire, comme si je n’avais pas besoin de découverte mais simplement de familiarité. Ces moments de creux ne sont pas des renoncements. Ils permettent souvent de préserver le désir de lire, de ne pas transformer la lecture en bruit de fond permanent.

Ce que ces pauses disent de nous
Nos goûts de lecteurs évoluent parce que nous évoluons nous-mêmes. Les livres qui nous transportaient autrefois peuvent soudain nous laisser indifférents, tandis que d’autres prennent un sens nouveau. Ce déplacement n’a rien d’inquiétant. Il témoigne simplement d’un mouvement intérieur.
Lire moins, à certains moments, revient à écouter autre chose : ses pensées, son besoin de calme ou une forme de lenteur devenue nécessaire. Et lorsque la lecture revient, car elle revient presque toujours, elle se fait souvent plus consciente, plus choisie, plus juste.

Accepter les creux sans chercher à les combler
Peut-être attend-on trop souvent de la lecture qu’elle soit constante, fidèle, toujours disponible. Comme si aimer lire impliquait nécessairement de lire sans interruption. Pourtant, la lecture ressemble davantage à un mouvement qu’à une ligne droite. Elle se retire parfois, non pas pour disparaître, mais pour laisser la place à autre chose : à la fatigue, au silence, à l’attente.
Accepter ces creux, c’est peut-être accepter que la lecture fasse pleinement partie de la vie, avec ses élans et ses pauses. Et comprendre que l’envie de lire ne disparaît pas vraiment : elle apprend simplement à revenir autrement.

Et vous?
- Avez-vous déjà traversé une période où l’envie de lire s’est éloignée, sans vraiment disparaître?
- Que faites-vous lorsque lire devient plus difficile : vous insistez ou vous laissez passer?
- Qu’est-ce qui vous aide, en général, à retrouver l’envie de lire?








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