
- Editions JC Lattès
- Sortie le 23 août 2023
- 384 pages
- Littérature française, Histoire, Seconde guerre mondiale
Synopsis : « Aujourd’hui, vous m’avez rasé le crâne, vous m’avez marquée au fer rouge et maintenant vous m’insultez comme une chienne. Mais vous ne me détruirez pas. Vous n’aurez pas cette étincelle qui me pousse à continuer, envers et contre tout. Car, aujourd’hui, encore plus qu’hier, je suis forte d’un trésor inestimable. Un trésor que beaucoup d’entre vous passerez toute une vie à chercher et n’obtiendrez jamais. J’ai aimé. Et j’ai été aimée ».
Le 16 août 1944, à Chartres, le photographe Robert Capa a immortalisé une femme, tondue, le visage incliné vers son nourrisson, conspuée par la foule. Dans un roman bouleversant qui s’inspire de ce cliché, Julie Héraclès retrace la vie de cette femme libre, Simone, au tempérament incandescent.
Mon avis : Il y a des livres qui ne cherchent pas à plaire, mais à déranger doucement, durablement. Vous ne connaissez rien de moi fait partie de ceux-là.
Inspiré de la célèbre photographie de Robert Capa prise à Chartres en août 1944, le roman donne la parole à Simone, cette femme tondue en public, tenant son nourrisson dans les bras, conspuée par la foule. Une image que beaucoup connaissent mais dont on ignore presque tout. Julie Héraclès choisit alors la fiction pour lui redonner une voix, une enfance, une trajectoire.

La lecture est fluide, presque immédiate. L’écriture à la première personne, portée par un language familier, installe une proximité troublante. Simone raconte sa vie sans chercher à séduire ni à s’excuser. Elle dit les choses telles qu’elle les ressent, avec brutalité parfois, avec jalousie aussi. Ce choix stylistique peut déstabiliser mais il rend le personnage profondément incarné.
Le roman alterne entre l’enfance de Simone et les évènements de 1944. Peu à peu, on comprend comment une éducation, un milieu, une mère très présente façonnent une jeune fille marquée par le manque, la frustration et une colère sourde envers ceux qui ont ce qu’elle n’a pas. Simone ne fait pas toujours les bons choix. Certaines de ses idées sont choquantes, condamnables. Le roman ne les gomme pas.
Les passages consacrés à la Libération sont les plus éprouvants. Arrestations arbitraires, règlements de comptes, violence collective : Julie Héraclès montre une époque où la frontière entre justice en vengeance devient floue. La haine qui s’abat alors sur Simone est brutale, publique, déshumanisante. A ce moment-là, une question s’impose, inconfortable mais essentielle : peut-on considérer cette violence comme méritée?
A la dernière page, c’est la tristesse qui domine. Pas seulement pour Simone mais pour ce qu’elle révèle du comportement humain. Il y a toujours une histoire derrière un comportement. Comprendre n’est pas excuser et refuser la haine n’est pas absoudre. Le roman tient précisement dans cet équilibre fragile.
La déception peut venir du fait que ce récit est une fiction. Les dates et lieux sont respectés, mais la vie intérieure de Simone est imaginée. J’aurais aimé connaître la véritable histoire. Pourtant, ce manque dit aussi quelque chose : plus de 80 ans après, une femme reste figée dans une image, privée de sa complexité.
Ce livre ne change pas forcément le regard porté sur la photo. Il l’épaissit. Il rappelle que la peur de la différence, la haine collective et le besoin de désigner des coupables n’appartiennent pas au passé. Ils rôdent encore, prêts à s’embraser pour peu qu’une étincelle surgisse.
Vous ne connaissez rien de moi n’est pas un roman confortable. C’est une lecture nécessaire, qui ne donne pas de réponses simples mais oblige à regarder en face nos zones grises, hier comme aujourd’hui.
Ma note : 4/5



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