
- Auto-édition
- Sortie le 5 décembre 2025
- 353 pages
- Satire, anticipation, humour noir
Synopsis : Tu te sens seul ? Triste ? Inutile ?
Tim s’en fout. En fait non pas vraiment. Ça l’intéresse beaucoup.
Ingénieur incel et dépressif, Tim traîne son ennui dans les bureaux gris d’une tour toulousaine. Jusqu’au jour où il comprend que pour dominer les « singes » qui l’entourent, il ne faut pas leur donner la vérité, mais de la Lumière.
Alors il s’y attèle comme si sa vie en dépendait. Parce que quelque part, c’est le cas.
Il lance Nova Lux. Une religion pensée pour être virale, optimisée par l’IA et propulsée par le désespoir moderne.
Mon avis : Il y a des romans qu’on referme avec le sourire. D’autres avec des larmes. Et puis il y a ceux qu’on referme avec une sensation plus trouble, presque inconfortable, comme si quelque chose continuait à travailler en nous. Nova Lux appartient clairement à cette dernière catégorie.
Le roman suit Tim, ingénieur solitaire, désabusé, qui comprend que pour dominer les autres, il ne faut ni vérité ni morale, mais de la lumière. À partir de là, tout s’enclenche. Trop vite. Trop facilement. Et c’est précisément ce qui glace. Nova Lux n’est pas une religion née d’un délire mystique, mais d’une analyse froide des failles humaines : solitude, besoin d’appartenance, désir de sens dans un monde saturé d’images et d’algorithmes.
La majorité des chapitres adopte le point de vue de Tim — ou d’Isaiah, selon le regard de ses adeptes — mais certains s’en détachent pour donner la parole à d’autres personnages. J’ai parfois trouvé dommage que ces changements de point de vue ne soient pas annoncés clairement en début de chapitre. On ne sait pas immédiatement qui parle. Cela dit, on le devine rapidement en cours de lecture, et ce léger flottement finit presque par faire sens : les voix se brouillent, les identités se déplacent, comme dans un mouvement sectaire où l’individu se dissout progressivement dans le collectif.
Le style de French Faker est très marqué, parfois froid, très technique. Les nombreuses références aux logiciels, à l’informatique et à la culture internet peuvent dérouter quand ce n’est pas notre univers. Personnellement, ce n’est pas ce que je préfère. Mais malgré cela, le roman reste parfaitement lisible. On n’a pas besoin de tout comprendre dans le détail pour saisir l’essentiel : la mécanique est claire, implacable, et l’histoire avance sans jamais perdre le lecteur.
Là où Nova Lux devient vraiment troublant, c’est dans sa crédibilité. Tim n’improvise rien. Tout est pensé, anticipé, maîtrisé. L’esthétique, les symboles, la viralité, la controverse elle-même : chaque élément est un levier. Et ce qui fait le plus peur, ce n’est pas Tim en tant que personnage, mais la facilité avec laquelle son projet fonctionne. On se surprend à se dire que oui, ça pourrait arriver. Que ça arrive peut-être déjà, sous d’autres formes.
La fin du roman pousse le malaise encore plus loin avec la présentation du « manifeste Nova Lux », évoqué tout au long du récit. À ce moment-là, la frontière entre fiction et réalité devient inconfortablement fine. Ce n’est plus seulement l’histoire d’un gourou 2.0 que l’on observe à distance : c’est une démonstration. Et le lecteur se retrouve face à une pensée structurée, cohérente, presque séduisante. Assez pour se demander, honnêtement, s’il n’aurait pas pu se faire avoir lui aussi.
Nova Lux n’a pas été un coup de cœur pour moi, précisément parce qu’il m’a mise mal à l’aise. Mais je salue profondément l’intelligence de ce roman et de son auteur, French Faker. Le thème est brillant, dérangeant, parfaitement ancré dans notre époque. C’est un livre qui ne cherche pas à plaire, mais à remuer. Et il y parvient très bien.
Tous mes remerciements à l’auteur de m’avoir permis de découvrir ce roman atypique!
Ma note : 3,5/5











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