Jo Bouquine

Romans, émotions et coups de cœur partagés avec sincérité.


ARTICLE : Chroniquer quand on n’a pas aimé : dire les choses sans tricher

Chroniquer un coup de cœur est toujours facile. Les mots viennent naturellement, l’enthousiasme déborde, on a envie de partager, de convaincre, parfois même de donner envie de lire à tout prix.

Mais quand un livre ne nous a pas plu… tout devient plus compliqué. On repousse l’écriture. On hésite. On se demande s’il vaut mieux se taire que risquer de décevoir, de froisser, ou d’être mal comprise. Et pourtant, c’est souvent dans ces moments-là que la chronique devient la plus délicate, et la plus honnête.

Peut-on écrire une « mauvaise » chronique ?

La réponse est simple : oui. Et surtout, on doit s’y autoriser.

Lire est une expérience profondément subjective. Un roman peut bouleverser un lecteur et laisser un autre totalement à distance. Cela ne dit rien de la valeur absolue d’un livre, seulement de la rencontre (ou non) entre un texte et une personne, à un moment donné.

Une chronique n’est ni un verdict, ni une condamnation. C’est le récit d’une expérience de lecture, avec ce que l’on est, ce que l’on attendait, ce que l’on espérait parfois. Refuser d’écrire une chronique négative par principe, c’est choisir de ne montrer qu’une partie de la réalité.

Ce qu’une mauvaise chronique n’est pas

Il me semble important de poser un cadre.

Une chronique négative n’est pas :

  • une attaque personnelle contre un auteur
  • une démonstration de supériorité
  • un règlement de comptes
  • un simple « je n’ai pas aimé » lancé sans explication

Chroniquer n’est pas se défouler. C’est analyser, expliquer, nuancer. Il y a une vraie différence entre dire « ce livre est mauvais » et dire « ce livre n’a pas fonctionné pour moi, et voilà pourquoi ».

Rester honnête sans être injuste

C’est sans doute l’exercice le plus délicat.

Quand un livre ne m’a pas plu, j’essaie toujours de revenir à l’essentiel : mon expérience de lectrice. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour moi ? Le rythme ? Les personnages ? Le style ? Un décalage entre mes attentes et ce que le livre proposait réellement ?

Expliquer une déception demande du recul. On peut reconnaître les qualités d’un roman même lorsqu’il ne nous a pas convaincus. On peut être honnête sans être brutale, nuancée sans être tiède. Et surtout, on peut rappeler que notre avis n’est jamais universel.

Derrière chaque livre, il y a un auteur

Avant de rédiger une chronique, et plus encore lorsqu’elle est mitigée ou négative, je garde toujours une chose en tête : derrière chaque livre, il y a un auteur.

Une personne qui a passé des mois, parfois des années, à écrire, douter, corriger, recommencer. Un travail, un engagement, une part de soi déposée dans un texte. Cette conscience ne m’empêche pas d’être honnête. Mais elle m’oblige à l’être avec respect.

Je ne chronique jamais un livre comme un simple produit de consommation. Je chronique le résultat d’un travail et d’une démarche artistique, même lorsque celle-ci ne m’a pas touchée. Critiquer un texte n’est pas juger une personne. Cette nuance change le ton, les mots, la façon d’exprimer une déception.

Et quand on n’a vraiment rien de positif à dire ?

C’est une situation inconfortable, mais elle existe.

Dans ces cas-là, plusieurs options sont possibles :

  • écrire une chronique courte, factuelle et honnête
  • expliquer pourquoi on choisit de ne pas chroniquer le livre
  • ou publier un avis nuancé, sans chercher à « sauver » artificiellement la lecture

Ce qui me semble essentiel, c’est de ne pas mentir. Une chronique écrite par politesse, sans conviction, est souvent plus trompeuse qu’une chronique clairement mitigée. Parfois, le silence vaut mieux qu’une fausse bienveillance.

Chroniquer, c’est aussi une responsabilité

Chroniquer, ce n’est pas seulement donner son avis. C’est créer une relation de confiance avec les lecteurs qui nous suivent.

Si tout est toujours « génial », « incroyable » ou « coup de cœur », alors plus rien ne l’est vraiment. L’honnêteté, même lorsqu’elle est inconfortable, construit une crédibilité sur le long terme. Être bienveillante ne signifie pas être complaisante. Être honnête ne signifie pas être brutale.

Tout est une question d’équilibre.

En conclusion

On n’a pas à aimer tous les livres.
On n’a pas à s’excuser de ne pas avoir accroché.
On n’a pas à travestir son ressenti pour faire plaisir.

Une chronique négative, lorsqu’elle est écrite avec respect, clarté et sincérité, peut être une bonne chronique. Parfois même l’une des plus utiles. Parce qu’elle dit vrai. Et parce que lire, avant tout, reste une expérience profondément personnelle.

Pour lancer la discussion

  • Est-ce que vous écrivez facilement une chronique quand un livre ne vous a pas plu, ou avez-vous tendance à éviter l’exercice ?
  • Pensez-vous qu’une chronique négative peut être aussi utile qu’une chronique positive ?
  • Jusqu’où, selon vous, doit aller l’honnêteté dans une chronique ?
  • Avez-vous déjà changé d’avis sur un livre après avoir lu une chronique mitigée ou négative ?
  • Le fait de savoir qu’il y a un auteur derrière chaque livre influence-t-il votre façon de donner votre avis ?
  • Préférez-vous lire un avis sincère mais critique, ou une chronique plus douce mais moins engagée ?


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