Jo Bouquine

Romans, émotions et coups de cœur partagés avec sincérité.


CHRONIQUE : Innocent, Maryse Théry

  • Auto-édition
  • Lu dans le cadre du Prix des étoiles Librinova 2026
  • 152 pages
  • Enfants soldats, guerre, Afrique

Synopsis : Lucie, infirmière de réanimation en dépression, accepte une mission humanitaire de six mois en République démocratique du Congo. À Goma, dans la région du Kivu ravagée par la guerre, elle découvre l’horreur d’un conflit oublié : massacres, viols, enfants soldats. Un conflit alimenté par la convoitise internationale pour les richesses minières du pays.

Un jour, elle doit évacuer Innocent, un adolescent grièvement blessé. Enrôlé de force à six ans dans une milice Maï-Maï, il a été contraint de tuer et de violer pour survivre. À l’hôpital, malgré la méfiance générale, le jeune garçon se transforme peu à peu. Il retrouve le goût du jeu, s’attache à une fillette orpheline et rêve d’un avenir simple.

Mais l’armée le recherche pour crimes de guerre. Face à un système judiciaire corrompu où règne l’impunité, l’équipe humanitaire doit choisir : respecter les procédures ou désobéir pour sauver cet enfant en quête de rédemption.

Mon avis : Je ne vais pas mentir : Innocent n’est pas le genre de roman vers lequel je me serais tournée spontanément. Je lis pour m’évader, pour explorer l’intime, pour m’attacher à des personnages qui traversent des émotions universelles. Un roman sur la guerre, et plus encore sur les enfants soldats, ce n’est pas ce que je recherche naturellement. Rien que le résumé m’a rendue triste. L’idée d’un enfant enrôlé de force, contraint de tuer pour survivre, me serre le cœur.

J’ai donc commencé cette lecture avec une certaine réserve. Presque à reculons. Et pourtant, j’ai fini par être embarquée. L’écriture est fluide, maîtrisée, et la construction en chapitres alternant les points de vue donne du rythme et du relief à l’ensemble. On découvre le contexte congolais avec sérieux, et j’ai été sincèrement touchée par le parcours d’Innocent. Derrière le soldat, on perçoit l’enfant. Derrière la violence, une possibilité de rédemption. Je ne m’attendais pas à accrocher autant.

Mais au fil des pages, un sentiment plus mitigé s’est installé. Le roman est court, très court au regard de l’ampleur de son sujet. Et j’ai eu l’impression qu’il survolait parfois ce qu’il aurait mérité d’explorer en profondeur. La transformation d’Innocent m’a semblé crédible dans son intention, mais trop rapide dans son déploiement. Un chapitre le montre encore dominé par la violence, le suivant le voit presque apaisé, réconcilié avec l’enfance. J’aurais aimé plus de lenteur, plus d’ambivalence, plus de zones d’ombre.

Le dilemme moral, respecter les procédures ou désobéir pour sauver cet enfant, est bien présent mais lui aussi m’a paru traité de manière assez linéaire. Tout se résout sans véritable heurt. J’aurais peut-être préféré être davantage bousculée, laissée avec des questions plutôt qu’avec une résolution rassurante.

Je referme donc Innocent avec un sentiment partagé. J’ai apprécié ma lecture, j’ai été touchée, et je reconnais la sincérité du propos. Mais ce ne sera pas un roman qui restera longtemps dans ma mémoire. Peut-être parce qu’un sujet d’une telle force aurait, à mes yeux, mérité plus d’ampleur, plus de complexité, plus de temps.



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