
- Éditions J’ai lu
- Sortie le 8 janvier 2025
- 288 pages
- Témoignage, Seconde guerre mondiale, Camps de concentration
Synopsis : Ils ne sont plus nombreux à pouvoir témoigner des camps de concentration. À peine une centaine d’hommes et de femmes, qui se sont longtemps tus face à une France d’après-guerre peu encline à les écouter. Rescapés avant tout grâce à une succession de hasards, ils ont su se reconstruire avec un courage remarquable. Sophie Nahum est allée à la rencontre des « Derniers », ces résilients hors du commun. Vingt-cinq témoins, dont Ginette Kolinka et Élie Buzyn, se font écho tout en laissant apparaître la singularité de chaque destin.
Mon avis : Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre en ouvrant ce livre de Sophie Nahum. Je connaissais déjà ses reportages, et j’avais envie d’aller plus loin, de découvrir ces témoignages sous une autre forme. Dès les premières pages, l’autrice prend le temps d’expliquer la genèse du projet. Une entrée en matière simple, mais essentielle, qui pose un cadre clair : ici, il ne s’agit pas de raconter l’Histoire avec un grand H, mais de transmettre des voix, des fragments de vies, des mémoires. Puis viennent les témoignages, organisés par thématiques, et très vite, je me suis laissée happer. La lecture est fluide, presque instinctive, au point que je l’ai lu en une seule journée, sans ressentir le besoin de m’arrêter.
Ce qui m’a particulièrement marquée, au-delà des récits eux-mêmes, ce sont les photos. Chaque témoignage est accompagné d’images : des parents, des proches, des visages d’avant, des visages d’après, parfois même des absents suggérés à travers une image. Et ça change tout. On ne lit plus seulement des mots, on met des visages sur des histoires, on voit des vies. Il y a quelque chose de très fort dans ce contraste entre la simplicité des témoignages et la réalité que ces photos viennent ancrer. C’est discret, mais profondément marquant, et cela rend chaque récit encore plus concret, presque palpable.
Je pensais être submergée par la tristesse ou la colère. Et pourtant, l’émotion qui est venue en premier, c’est l’admiration. L’admiration pour leur résilience, pour leur capacité à raconter, à transmettre, à continuer malgré tout. Bien sûr, d’autres émotions sont là, en filigrane, mais ce qui domine, pour moi, c’est cette force humaine qui traverse chaque témoignage. C’est sans doute aussi ce qui rend la lecture si fluide : on avance, on enchaîne, sans être écrasé, mais en étant profondément touché.
Au fil de ma lecture, une question m’est venue, presque malgré moi : comment est-ce possible de ne pas avoir réagi plus tôt ? Un réflexe de lectrice d’aujourd’hui, avec le recul que l’on a. Et puis, peu à peu, en essayant vraiment de me mettre à leur place, dans leur contexte, cette question s’est déplacée. Parce que l’impensable… ne l’était pas encore. Ce livre ne donne pas de réponses toutes faites, il pousse plutôt à se questionner, à nuancer, à accepter de ne pas savoir ce que l’on aurait fait à leur place. C’est une lecture qui remue, mais avec justesse.
Je ne sais pas si je peux parler de coup de cœur pour un livre comme celui-ci. Le sujet ne s’y prête pas vraiment. Et pourtant, c’est un livre que je trouve essentiel, un livre à découvrir, à faire circuler, à lire au moins une fois. Parce qu’il ne cherche pas à impressionner, il cherche à transmettre, et il le fait avec une justesse qui m’a profondément touchée.
Ce livre s’inscrit dans le projet Les Derniers, qui propose de recueillir et de diffuser les témoignages des derniers survivants, notamment sous forme de vidéos. Je vous encourage vraiment à aller y jeter un œil (je vous mets le lien juste ici). C’est une autre manière de prolonger cette lecture, d’entendre ces voix, de voir ces visages, et de continuer à faire vivre cette mémoire.
Ma note : 9/10










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