
On a tous, à un moment ou à un autre, regardé notre bibliothèque avec un petit mélange de fierté et de satisfaction. Les livres bien alignés, les couvertures qui se répondent, les couleurs qui créent une ambiance… C’est beau, c’est rassurant, presque apaisant. Et puis, au milieu de tout ça, il y a aussi ces livres qu’on n’a jamais ouverts, ou à peine, ceux qu’on a achetés avec envie mais qu’on a laissés là, en attendant le “bon moment”. Alors la question se pose, doucement, sans accusation ni culpabilité : est-ce qu’on aime lire… ou est-ce qu’on aime les livres ?

Une bibliothèque, ce n’est jamais neutre
Une bibliothèque n’est jamais qu’un simple meuble de rangement. Avec le temps, elle devient un espace qui nous ressemble, une sorte de portrait silencieux où se mêlent ce qu’on a lu, ce qu’on aimerait lire et ce qu’on garde sans trop savoir pourquoi. Certains livres y occupent une place évidente, presque légitime, parce qu’ils nous ont marqués ou accompagnés à un moment précis. D’autres sont là plus discrètement, parfois oubliés, mais pourtant toujours présents.
Sans vraiment s’en rendre compte, on finit aussi par organiser cet espace comme on organiserait un lieu de vie. On déplace, on trie, on aligne, on cherche une certaine harmonie. Et petit à petit, la bibliothèque ne sert plus seulement à contenir des histoires : elle devient aussi un décor, quelque chose qu’on regarde autant qu’on utilise.

Accumuler des livres : plaisir ou illusion ?
Acheter des livres fait partie du plaisir de lire, c’est indéniable. Il y a quelque chose de très agréable dans le fait de flâner en librairie, de se laisser attirer par une couverture, un résumé, une recommandation, et de repartir avec un ou deux livres sous le bras en se disant qu’on va passer un bon moment.
Mais ce plaisir glisse parfois, presque sans qu’on s’en aperçoive, vers une forme d’accumulation. La pile à lire grandit, certains livres restent des semaines, des mois, parfois des années sans être ouverts, et malgré tout, on continue d’en acheter. Il y a alors une impression un peu trompeuse qui s’installe, celle d’être entourée de lectures, d’être riche de tous ces livres, même si on ne les a pas encore lus. C’est une sensation agréable, mais qui repose davantage sur la promesse que sur l’expérience réelle.

Ces livres qu’on garde sans les lire
Dans chaque bibliothèque, il y a ces livres qu’on ne lit pas, mais qu’on ne parvient pas non plus à laisser partir. On se dit qu’un jour, peut-être, on aura envie de les ouvrir, qu’on tombera enfin sur le bon moment, la bonne disposition d’esprit. En attendant, ils restent là, comme une possibilité ouverte.
Il y a aussi ceux qu’on garde sans même envisager de les lire. Parce qu’ils sont liés à un souvenir, à une personne, à une période de vie. Parce qu’ils ont été importants à un moment donné, même si ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ils font partie de notre histoire, au même titre que ceux qu’on a lus, et c’est sans doute pour cela qu’on a du mal à s’en séparer.

Instagram et nos envies de bibliothèque
Instagram s’est aussi invité, presque sans bruit, dans nos bibliothèques.
Au fil des images soigneusement composées, des piles de livres parfaitement alignées, des nouveautés présentées comme des évidences, nos envies se déplacent. On ne choisit plus seulement un livre pour ce qu’il raconte, mais aussi pour ce qu’il représente, pour la place qu’il prendra sur une étagère, pour la sensation qu’il donnera une fois posé là, parmi les autres.
On repère, on enregistre, on ajoute à sa liste (souvent sans même s’en apercevoir). Et peu à peu, une forme de désir s’installe : celui d’avoir, nous aussi, une bibliothèque qui ressemble à celles que l’on admire. Plus fournie, plus actuelle, plus “belle”. Ce n’est pas forcément conscient, ni même dérangeant. Mais cela interroge doucement notre rapport aux livres : est-ce qu’on les choisit encore uniquement pour les lire, ou aussi pour ce qu’ils disent de nous, une fois exposés ?

Lire moins… mais autrement
Avec tout ça, on pourrait croire que le problème vient du nombre de livres. Mais ce n’est peut-être pas si simple. Ce qui change, en réalité, c’est notre manière de lire, notre rapport au temps, à l’attention, à l’envie.
On se laisse facilement entraîner par les recommandations, les nouveautés, les livres dont tout le monde parle, et on finit parfois par perdre un peu de vue ce qui nous attire vraiment. On lit moins, ou différemment, mais on continue d’accumuler, comme si le fait d’avoir ces livres à portée de main suffisait à maintenir le lien.
Revenir à une lecture plus simple, plus choisie, plus personnelle, demande parfois de ralentir. De se demander pourquoi ce livre-là, et pas un autre. Et surtout, de s’autoriser à suivre ses propres envies, même si elles ne correspondent pas à ce qu’on voit partout.

Et finalement…
Avoir une bibliothèque pleine n’a rien de problématique, au contraire. Elle raconte des envies, des curiosités, des élans qu’on n’a pas toujours le temps de suivre. Mais peut-être que cela vaut la peine, de temps en temps, de s’y arrêter vraiment, de regarder ces livres autrement, et de se demander ce qu’ils représentent.
Des histoires déjà vécues, des promesses en attente, ou simplement des fragments de nous-mêmes que l’on garde à portée de main, sans toujours savoir pourquoi.

Et vous, quand vous regardez votre bibliothèque :
- Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce que vous voyez… ou pas toujours ?
- Y a-t-il des livres que vous gardez sans vraiment savoir pourquoi ?
- Est-ce que vous choisissez encore vos lectures uniquement pour les lire… ou aussi pour ce qu’elles représentent ?
- Et votre pile à lire… elle diminue vraiment, ou elle grandit doucement sans que vous vous en rendiez compte ?










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