Jo Bouquine

Romans, émotions et coups de cœur partagés avec sincérité.


CHRONIQUE : Ginette Kolinka : Récit d’une rescapée d’Auschwitz – Birkenau, Aurore D’Hondt

  • Éditions Ronds dans L’O
  • Sortie le 25 janvier 2023
  • Bande Dessinée, Témoignage, Shoah, Seconde guerre mondiale

Synopsis : Alors qu’ Aurore D’Hondt est en terminale au lycée en 2018, sa classe reçoit Ginette Kolinka. Attentifs, les élèves écoutent le récit que Ginette partage avec eux sur la Shoah qu’elle et sa famille ont subit.
Le choc est rude et Aurore en ressort avec le souhait de réaliser ce que Ginette leur demande à la fin de sa visite : transmettre à leur tour afin de garder cette partie de l’Histoire dans la mémoire de tous. L’album c’est Ginette Kolinka qui parle, qui revit courageusement une partie de sa vie extrêmement douloureuse. Ce récit, commun à des millions d’autres, est destiné à tous. Il apporte un témoignage fort et direct.

Mon avis : Je connaissais déjà Ginette Kolinka. Difficile de passer à côté tant elle a témoigné ces dernières années. J’avais lu son livre, je l’avais même vue intervenir dans le collège de ma fille. J’avais donc l’impression de connaître son histoire avant d’ouvrir cette bande dessinée empruntée à la médiathèque. Et pourtant… j’ai eu le sentiment de la redécouvrir.

Sans doute parce que, cette fois, il ne s’agissait plus seulement d’imaginer, mais de voir. Le passage du texte à l’image change profondément la manière dont on reçoit ce témoignage. Certaines scènes prennent une force presque insoutenable. Je pense notamment à l’arrivée au camp, lorsque les femmes sont déshabillées, rasées, tatouées. La peur, la honte, inscrites sur les visages… c’est dévastateur. Là où les mots laissent encore une distance, le dessin vient frapper de plein fouet.

Ce qui me touche profondément chez Ginette Kolinka, au-delà de son histoire, c’est cette idée qu’elle ne témoigne pas parce qu’elle en a envie, mais parce qu’elle sait qu’elle doit le faire. Pour que l’on n’oublie pas. Pour que cela ne se reproduise pas. Il y a quelque chose de profondément admirable dans cette forme de devoir, presque plus forte que la volonté elle-même.

Et à travers cette bande dessinée, j’ai aussi beaucoup pensé à la dessinatrice. À plusieurs reprises, je me suis surprise à me dire : ça a dû être tellement difficile à dessiner. Pas techniquement, mais humainement. Mettre en images de telles scènes, leur donner un visage, une expression, une réalité visuelle… cela demande sans doute une forme d’engagement très particulière. On sent d’ailleurs beaucoup de respect et de retenue dans la manière dont tout cela est représenté, comme si elle s’effaçait au profit du témoignage.

Je ne sais pas si je peux parler de “coup de cœur” pour ce type de lecture. Le terme me semble presque inadapté, tant le sujet dépasse le simple ressenti de lectrice. En revanche, je peux dire sans hésiter que cette bande dessinée est essentielle. Elle devrait, à mon sens, être disponible dans toutes les bibliothèques, dans tous les CDI.

Parce qu’elle offre une autre manière de transmettre. Parce qu’elle rend ce témoignage accessible à ceux qui n’iraient peut-être pas vers un livre plus classique. Parce qu’elle permet aussi, d’une certaine manière, de redécouvrir une histoire que l’on pensait déjà connaître.

Et parce que certaines histoires doivent continuer à être racontées. Encore et encore.

Ma note : 9/10 (voir mon système de notation)



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